Pour Najat

10 Sep

Article du journal Rivarol N°3154 du 11 Septembre 2014

Toute la “droite” et toute « l’extrême droite » réunies, sans exclusion pour une fois, sans états d’âme à l’UMP, de la concierge de François Bayrou à la crémière de Philippe Vardon, du Boulevard Voltaire  à Valeurs actuelles, François Fillon et Marine Le Pen enfin la main dans la main, Sarko et Juppé les dents dans les dents:

Tous s’inquiètent, s’indignent, s’étouffent de la nomination de Najat Vallaud-Belkacem au ministère de l’Education nationale. C’est un cri, c’est un chant, c’est un murmure aussi puissant que les chutes du Niagara. Chacun se demande comment une provocation aussi choquante peut avoir été commise par une équipe d’hommes politiques responsables. Étonnant. Je ne parle pas de la schizophrénie bien française qui fait tenir, l’espace d’un tollé, Hollande et sa bande pour des hommes politiques responsables, je viens au fond et je constate que cette nomination était prévisible, prévue, inévitable, conforme à l’histoire et à la logique de notre système.

Les Français en effet ont été avertis plusieurs fois, et commencent à comprendre, que, socialiste ou non, de “droite” ou de “gauche”, le gouvernement aujourd’hui, confronté à la crise, à la dette, à Bruxelles, à la prison des frontières ouvertes, n’a qu’une marge de manœuvre minime en matière économique, ce qui va de pair avec une perte d’indépendance croissante en politique extérieure. Il ne peut donc s’exprimer que dans le domaine des lois et mœurs (le “sociétal”), où il s’en donne à cœur joie. Ce n’est pas un phénomène sans précédent : aujourd’hui, Hollande donne dans le mariage gay, la GPA et l’euthanasie comme son collègue conservateur Cameron, pour faire passer la pilule économique. De même les républicains opportunistes des années 1879-1914 donnaient-ils dans la violence anticatholique tant pour faire oublier une politique de rentiers férocement antisociaux que pour réduire la foi et l’institution qui s’opposaient à leurs utopies totalitaires. Hollande et sa bande reproduisent ce fonctionnement : leur activisme sociétal, en même temps qu’il fournit un exutoire à leur servilité devant les exigences du mondialisme en matière d’économie, accomplit les directives du même mondialisme en matière morale.

Les choses ainsi définies, il était évident, nécessaire, que Christiane Taubira conservât le ministère de la Justice, où elle a accompli un travail remarquable, si l’on se place du point de vue de la révolution mondiale des mœurs. Et il était non moins obligatoire que Najat Vallaud-Belkacem, méritant porte-parole du gouvernement, représentant la diversité, inventif ministre du Droit des femmes, toujours en pointe sur les questions de genre, reçût une promotion dans l’un des ministères qui ont la charge de promouvoir la révolution morale (les vrais ministères régaliens d’aujourd’hui, les anciens ayant pour fonction d’expédier les apparences avant fermeture définitive). Il  y avait la justice (la subversion de la loi et la mise en lisière des politiques par le judiciaire est l’une des méthodes de choix de la révolution mondialiste), mais la place est déjà occupée par le bouledogue guyanais (j’espère que la comparaison canine est autorisée par la place Vendôme).. Restaient la culture, l’information, et l’éducation nationale. La culture branle un peu dans le manche en ce moment, les festivals font grève, les intermittents renaudent, Noah et Ruquier (si, si, c’est la culture !) sont déçus par l’amant de Julie et Valérie. Restait donc l’Éducation nationale. Un poste clé pour la formation, pardon, le formatage, des esprits. Jamais, du temps du laïcisme triomphant, à l’aube du vingtième siècle, la maçonnerie n’a lâché le poste de l’instruction publique : cabinet après cabinet, le ministre était un frère trois points, c’était aussi obligatoire mais moins gratuit que l’école elle-même. Il fallait donc à François Hollande un titulaire idéologiquement sûr à ce poste. Najat s’était acquis des droits à y entrer en accompagnant dans les écoles Vincent Peillon, l’homme qui voulait « terminer la révolution », afin de promouvoir gentiment la théorie du genre. Il était donc naturel qu’elle y fût nommée.

Alors que lui reproche-t-on, à cette pauvre fille ? De représenter la “diversité”, et de ne devoir son ascension qu’à une forme de discrimination positive. Elle n’est pas énarque et elle est ministre. Incroyable! Ségolène Royal a le sens des convenances, ça la choque (C’est drôle, elle ressemblait à une cousine aux champs, nunuche mais agréable, elle fait maintenant penser à une tante dont la voix grince et qui fait des bruits de soucoupe en buvant son thé). Elle a lancé une de ses vachardises habituelles qui ont tant fait souffrir la Trierweiler : si Najat s’était appelée Claudine Dupont, elle ne serait peut-être pas là. Vous m’avez comprise : si elle n’était marocaine et musulmane. Moi, je trouve plutôt bien qu’une non énarque soit ministre, je ne sais pas si c’est la diversité, mais c’est toujours une diversification bien agréable. Musulmane, ça vous choque vraiment, vous ? Moi, je veux bien. Mais je vous signale que le Bachaga Boualem était vice-président de l’Assemblée nationale en 1958. Et que vous avez laissé passer à l’Education nationale des athées, des musulmans, des francs- macs, des juifs, sans moufter. Pas un mot. Le grand silence des assentiments iréniques. Oui mais, me direz-vous, l’islam, le Hamas, le califat, les décapitations, les écoles coraniques, tout ça, tout ça. D’accord. Je n’approuve pas particulièrement la décapitation télévisée, mais je m’étonne que vous ne dénonciez pas plus fort le décervelage massif qui s’opère par l’Education nationale depuis plus de cent ans. Et tant qu’on y est, le problème, ce n’est pas une musulmane à l’Education nationale, c’est cinq millions (ou dix) de musulmans immigrés en France. Je sais ce que je pense de l’Islam, mais enfin, si l’on se place non pas du point de vue de l’évangélisation mais de celui de la police politique, la question n’est pas ce qui se pratique à La Mecque, mais le corps étranger qu’on a laissé s’installer à Paris. Vous avez bien sûr le droit de condamner Najat Vallaud-Belkacem, mais cela suppose, cela impose, de condamner toutes les politiques menées depuis 1981 (Giscard lança encore de pâles tentatives de rattraper les bêtises qu’il avait faites), tous les programmes de tous les partis, y compris maintenant celui du FN. Je vous entends d’ici, elle est marocaine en plus. Quoi marocaine ? Seriez-vous marocophobe ? Il y a des gens très bien au Maroc, et d’exécrables, cela vaut-il la peine de l’écrire ? Alors, c’est le fait qu’elle soit née “là-bas”, qu’elle proclame son attachement à ses racines, à sa “culture”, qui vous choquerait ? Mais Manuel Valls, notre valeureux Premier ministre est né à Barcelone et n’a été naturalisé français qu’à l’âge de vingt ans. Nous en sommes assez fiers. Nous avons assez moqué la loi des Etats-Unis, qui a empêché Arnold Schwarzenegger, gouverneur de Californie mais immigré autrichien, de briguer la Maison- Blanche. Voudriez-vous critiquer la double appartenance, ou l’appartenance multiple ? L’enrichissement par la multi-culturalité ? Mais c’est le modèle post-moderne américain que vous condamnez ! Voudriez-vous revenir à une France qui réserve certaines fonctions et certains actes à ses seuls nationaux d’origine? Mais ce serait confondre citoyenneté et nation, pourquoi pas revenir à la préférence nationale ? Et pourquoi pas rêver d’une France de souche blanche, de sensibilité chrétienne, de civilisation européenne ! Vous avez encore le droit d’en rêver à condition de n’en rien dire, mais alors ce n’est pas seulement Najat Vallaud-Belkacem que vous condamnez, c’est la république. Soyez cohérent, prenez en conscience. Autre chose vous gêne en elle ? Vous êtes têtu ! Quoi ? La diversité, en ce qu’elle est censée représenter, pour l’équilibre (hum !) du gouvernement, un certain secteur de la population, disons les banlieues qui s’en sortent ou veulent s’en sortir ? Ça vous choque ? Et les représentants des beurre oeufs fromage, des chasseurs ou de la haute banque, ça ne vous choque pas ? Et Cambadélis, quelle tranche de vie représente-t-il au Parti socialiste ? Les Grecs ? Et Jean- Vincent Placé ? Les poissons d’aquarium ? Vous allez me dire, car je vous sens tout à coup le fils spirituel de Colbert et de Caton (un mariage pas bien gay !), que la France (ou la république) est une et indivisible, et qu’il ne faut pas la saucissonner en communautés d’intérêts et groupes de pression, le grand capital, les syndicats, les bougnats, les jésuites. Je vous répondrai avec Maurras que la réalité du pouvoir s’incarne, dans des familles, des petites sociétés qui se partagent le pouvoir à l’intérieur de la république. De son temps, c’était à travers quatre Etats confédérés : juifs, protestants, maçons et métèques. Aujourd’hui, juifs et maçons sont toujours là, les protestants ont sans doute régressé pendant que les métèques se diversifiaient, et que l’étranger pèse aussi par le biais des media, internet compris. Parmi ces nouveaux Etats confédérés qui se disputent le pouvoir en France et finissent de la dé chirer, nous devons compter, l’actualité récente le prouve, Israël, la Palestine, la Péninsule arabique, le parti américain. Un Chauprade l’a noté, le Qatar et l’Arabie saoudite entrent en concurrence pour la corruption de nos hommes politiques : n’oublions pas pourtant qu’ils ne détiennent pas tout le gros argent qui vagabonde par le monde.

Aurions-nous dérivé loin de notre pauvre Najat et du reproche qu’on lui fait de représenter une communauté, une force qui divise la France ? Non, elle n’est pas la seule à se placer ainsi : c’est la république qui fonctionne ainsi, dès son origine au dix-neuvième siècle. Et d’ailleurs, aucun parti de gouvernement, même à l’extrême-droite, n’est fondé à lui en faire reproche : voilà vingt ans déjà, au FN, Farid Smahi se présentait comme le porte-parole des black-blancs-beurs ! S’il n’a pas mieux percé, c’est juste que certains proches de Marine ont compris qu’il ne pensait pas bien en tout domaine. Ce n’était pas un fanatique du décret Crémieux, si vous voyez ce que je veux dire.

La diversité n’a rien de mal, c’est le désordre et l’absurdité qui tuent. Maurras, cet immense calomnié, a dit les choses vite et bien depuis longtemps : la démocratie, c’est la mort. Louis XVI, en présidant la fête de la fédération le quatorze juillet 1790, savait au fond de lui que l’esprit des Lumières, en s’appuyant frauduleusement sur la loi du nombre, allait désarticuler une société française puissamment cimentée par ses ordres, c’est pourquoi il fallait la fédérer, afin qu’elle ne tombe point sous la botte des groupes de pression. Dans les années 1900, la maçonnerie, avec l’appui des juifs et des protestants, réussit à lier ensemble les principaux groupes de pression pour former le premier fascisme républicain et commença d’en finir avec la France. La guerre de 14 fut une divine surprise pour elle. Alors, les récriminations de la République contre la diversité de Najat Vallaud-Belkacem ressemblent au bougonnement d’un syndicat de vieillards repus devant l’appétit d’une nouvelle venue aux dents longues. Ségolène a tiré la première parce que c’est une intuitive, une femme, une jalouse : elle ne supporte pas les petites jeunes mignonnes. Elle est contente quand le gouvernement et le PS ressemblent à un banc de thons, elle applaudit la mochitude pour se faire valoir par contraste. Moi, au contraire, Najat m’inspire spontanément de la sympathie, je ne suis pas islamophobe, plutôt mochophobe. Qu’est-ce que vous voulez, quand je regarde une photo du gouvernement, je préfère voire sa tête que celle de Laurent Fabius. Elle n’a pas de sang, contaminé ou non, sur les mains. Je la verrais bien poser pour un buste de Marianne. Ce serait tout un symbole. Comme ça, le jour où on jettera Najat, on jettera la République en même temps.

Par Hannibal pour Rivarol N°3154 du 11 Septembre 2014

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