Les Caryatides dans Lyon capitale

2 Nov

Les nouvelles Jeanne d’Arc

Article de Lyon capitale N° 738 – Novembre 2014

 

Elles veulent « militer avec féminité » ou brandissent l’étendard d’un « nouveau féminisme ». Leurs icônes sont Jeanne d’Arc, Athéna, Marine Le Pen ou Frigide Barjot. Dans le sillage de la Manif pour tous, un nouvel activisme féminin, conservateur et traditionnel a émergé à Lyon et en France.

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En ce 24 Mai 2014, un étrange spectacle s’est installé place Puvis-de-Chavanne, dans le 6ème arrondissement de Lyon. Avec un cérémonial élaboré, une dizaine de jeunes femmes, tailleurs bleu marine, chemisiers blancs et foulards rouges, sont venues rendre hommage à Sainte Jeanne d’Arc. Droites, fières, elles sont les Caryatides, un mouvement néo-pétainiste féminin, lancé à Lyon en 2013. Munie d’un porte voix, une jeune fille prend la parole. Sans ciller, elle cite le Maréchal Pétain: « Mères de notre pays de France (…) vous seules savez donner à tous ce goût du travail, ce sens de la discipline, de la modestie, du respect des hommes sains et des peuples forts. »

La manif pour tous, un déclencheur

Comme les Caryatides, en l’espace de quelques mois, de nouveaux groupuscules conservateurs exclusivement féminins sont apparus en France, notamment à Lyon. Néo-pétainistes ou « identitaires », traditionalistes ou modernes, « féministes » ou non, ces groupes restent très différents sur le fond et la forme. Mais tous tirent leur origine d’un même mouvement: la « Manif pour tous« . « Quand Hollande a attaqué la famille, on s’est dit qu’il fallait fédérer un élan« , explique Morgane, responsable de la section Lyonnaise des Caryatides. La « Manif pour tous » est née en septembre 2012, à l’initiative d’une bande de Lyonnais issus de la société civile. Elle a très vite agrégé des courants disparates contre le mariage homosexuel, la PMA et la GPA, sous l’égide de Frigide Barjot. Des partis politiques (UMP, FN, quelques élus centristes et socialistes), des associations civiles, catholiques voire musulmanes, des intégristes ou de simples familles descendent dans la rue. Une mobilisation qui va réveiller un nouvel activisme féminin, en défense de la famille traditionnelle. Des associations comme « le Nouveau féminisme Européen » ou les « Mères Veilleuses » vont voir le jour. Des femmes, des mères vont être en première ligne des revendications.

A 35 ans, Marie-Ange Denoyel est l’une d’entre elles. Cette mère de famille lyonnaise, avenante et dynamique, est avec son mari l’une des initiatrices de la Manif pour tous à Lyon, à travers l’association « En marche pour l’enfance ». Dans son appartement des quais de Saône, devant des photos de ses trois enfants, elle raconte: « Je n’avais jamais manifesté auparavant. Ce qui me tenait le plus à cœur, c’était de défendre la filiation. Ce n’est pas possible d’avoir deux papas, ce n’est pas possible! » Elle a hésité à s’engager en politique avant de faire marche arrière. D’autres, comme Anne Lorne, ancienne porte-parole lyonnaise de la Manif pour tous, ont franchi le pas, en se présentant sur la liste UMP de Renaud Muselier aux dernières élections européennes.

Le terreau identitaire

D’autres mouvements refusent d’être partisans malgré leur proximité politique avec la droite nationaliste, telles les Antigones. Dans leur charte, ces jeunes femmes prétendent n’avoir aucune affiliation politique ni confessionnelle. A l’origine, leur combat était surtout orienté contre les Femen, ces militantes qui se revendiquent « sextremistes ». En Mai 2013,  le jour de la fête des mères, elles ont adressé un message vidéo à leurs ennemies jurées. Dans cet acte fondateur, on voit la fondatrice des Antigones visiblement à cran. Devant un groupe de femme sen robe blanches, Iseul Turan tombe le masque et avoue avoir « infiltré » les Femen pendant près de deux mois pour dénoncer la méthode des militantes aux seins nus. « Femen, vous affirmez que le combat de la femme est féministe. Nous vous répondons qu’il est féminin (…) Regardez-les les vraies femmes. Elles sont devant vous, dignes, sourire aux lèvres, élégantes« , clame-t-elle. Malgré ce coup médiatique, leur groupe a rapidement été en perte de vitesse. Si elles ne comptent  plus que six membres actifs aujourd’hui (contre trente au départ), les Antigones veulent se redynamiser et lancer une antenne à Lyon. Elodie Jakolska, une Lyonnaise, avait d’ailleurs fait partie de l’équipée au début. « C’était pour défendre nos valeurs. Les féministes, les Femen, ce n’est pas en se mettant les seins nus qu’elles défendent les femmes », lâche Elodie, qui milite désormais à Rebeyne.

Dans leur local du Vieux-Lyon, la Traboule, Elodie côtoie une dizaine de militantes de Rebeyne-Génération identitaire, la branche jeune du Bloc Identitaire, dont le but est de défendre l' »identité ethnique et culturelle » de la France. L’une d’elles, Louise d’Espagnac, publie régulièrement sur Internet des photos des manifestations ou elle se rend, comme lors du rassemblement « Stoppez l’invasion » contre l’immigration, à Milan, en Octobre. Cette participation féminine, même minoritaire, n’étonne pas le spécialiste des extrémismes Jean-Yves Camus, chercheur associé à l’Iris  » Il y a toujours eut une mixité dans ces mouvements identitaires. la question était plutôt de savoir si on les séparait dans des sections féminines. La nouveauté, c’est qu’elles ont des responsabilités et ne sont pas uniquement des faire valoir. »  Des Identitaires qui s’assument et se revendiquent même « Belle et Rebelle« , du nom de leur webzine d’extrême droite.

La dédiabolisation de Marine Le Pen

Dès 2011 l’élection de Marine le Pen à la tête du Front National, face au traditionaliste Bruno Gollnisch, va dédiaboliser le parti. Exit les parias et les pétainistes de l’Oeuvre Française, comme les Rhônalpins Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac. Une jeunesse éduquée et courtoise émerge en première ligne dans les meetings. Des femmes apparaissent sur les listes électorales, telles Marion Maréchal-Le-Pen, plus jeune députée de France en 2012. Conseillère municipale dans le 7e arrondissement de Lyon, Agnes Marion, 37 ans, est l’un des nouveaux visages féminins du Front National. Dynamique, moderne, présentable. Elle n’a aps attendu l’arrivée de Marine Le Pen pour adhérer: « J’ai voté FN à toutes les élections », confie-t-elle. Mais elle reconnaît: « Le fait que le FN soit porté par une femme, ça rassure les militantes. Avant il y avait des clichés de violence. » Sur une terrasse ensoleillée de la place Bellecour, cigarette aux lèvres, Agnès Marion revendique un « autre féminisme« : « Toutes les femmes vous diront qu’elles sont féministes, mais je ne veux pas jouer contre la féminité et contre les hommes. Je ne revendique que la compétence et le mérite« .

Pour Marie Cécile Naves, corédactrice du Dictionnaire de l’extrême droite, il ne faut pas s’y tromper: « le FN a très bien saisi que les Français souhaitaient que les partis soient d’avantage à l’image de la société Française« . La politologue ajoute:  » C’est aussi pour cela qu’il promeut des candidates féminines, mais encore une fois c’est surtout stratégique. Le cas de Joële Bergeron, numéro 2 sur la liste Européenne 2014 dans l’ouest, poussée à la démission une fois élue pour laisser la place à un homme en position de numéro3, montre que le patriarcat est tenace au FN. »

Des hommes il en est encore question derrière le mouvement néo-pétainiste des Caryatides, né de la dédiabolisation de Marine Le Pen. Ce groupuscule, composé d’une cinquantaine de jeunes filles, essentiellement Rhônalpines, s’est formé à Lyon en 2013 sous l’égide des exclus du FN Yvan Benedetti, président de l’oeuvre Française, et Alexandre Gabriac, conseiller régional. « Les Caryatides, c’est un appendice de l’Oeuvre Française, point, et c’est la première fois qu’ils ont un groupe uniquement féminin, explique le politologue Jean Yves Camus. C’est un mouvement très difficile à définir, extrêmement traditionnel, le plus traditionnel et réactionnaire de tous.« 

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A 26 ans, Morgane, déjà mère de trois enfants, est la responsable de la section lyonnaise. Devant la statue de Jeanne d’Arc, tailleur classique, maintien raide et politesse extrême, la jeune femme détonne dans son époque. Elle ne cache pas sa fascination pour des hommes, comme le militant historique de l’extrême droite et fondateur de l’Oeuvre Française Pierre Sidos -« un père ». Sa référence féminine? Blanche de Castille, reine de France de 1223 à 1226- « C’était une très belle femme, qui était à la fois mère et épouse. A l’époque moyenâgeuse, les femmes avaient une place dans la civilisation. »

Nouveau féminisme?

Féminisme identitaire pour les uns, actions anti-Femen pour les autres, ces nouveaux mouvements conservateurs redessinent l’activisme fémininin. Les militantes interrogées de la Manif pourt tous ou du FN semblent adopter un féminisme à la carte. Elle veulent une reconnaisssance de leur compétence au travail, une égalité de salaire mais restent sceptiques sur la parité et sur la place de la femme dans la société actuelle. Quant aux Antigones, elles rejettent la notion de « féminisme identitaire »: « Nous ne nous battons pas pour revendiquer de nouveaux droits », peut on lire dans leur manifeste.

De leur côté, les Caryatides assument leur anti-féminisme et se reposent sur une vieille théorie du rôle naturel et moral de la femme, cantonnée au statut d’épouse et de mère. En revanche, toutes entonnent le même refrain: les hommes et les femmes ne sont pas égaux mais complémentaires.

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Pour la politologue Marie-Cécile Naves, « le féminisme vise l’émancipation des femmes, pas la domination masculine par le biais du patriarcat. Ce sont plutôt des mouvements antiféministes, d’autant que, pour les Antigones par exemple, le féminisme se résume aux Femen, ce qui est évidement faux. »

Deux autres bêtes noires féministes les fédèrent: la réalisatrice caroline Fourest, dont une projection du film « Nos seins, nos armes » a été perturbée par les Caryatides en Février dernier, et la ministre Najat Vallaud-Belkacem, considérée comme l’égérie de la « théorie du genre ».

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