GPA= Gestation Pour Autrui ou Grossesse Pour Abandon?

7 Sep

La décision rendue le vendredi 3 juillet par la Cour de Cassation fera jurisprudence. Dominique et Jérôme sont soulagés. Leur petit Kolia, 3ans et demi, va enfin pouvoir être inscrit à l’état civil… comme fils de Dominique et d’une mère porteuse russe qui l’aura abandonné à la naissance. Jérôme, lui, n’étant pas le propriétaire de l’échantillon qui devait donner ‘Kolia’, ne sera rien pour l’enfant. Mais que l’on se rassure : l’étape suivante est, de l’aveu de nos attendrissants invertis dûment mariés, l’adoption par celui qui n’a pas donné son sperme. Pour enfin former une « vraie famille ».

Seul nuage dans le ciel bleu créé des « mariés pour tous », l’opposition de quelques trouble-fête qui osent poser la question de la conception même de l’enfant. Car que l’on ne se leurre pas. La décision de la cour de cassation court-circuite l’interdiction française de la GPA. Comment concilier en effet le rejet de cette pratique, et les facilités données à ceux qui passent la frontière pour obtenir ceux qu’ils veulent ? L’argument, absurde, que les militants brandissent, est celui de la légalité de la GPA dans les pays où ils y ont eu recours. La France, selon eux, ne doit pas se sentir supérieure et doit accepter de traduire un état-civil étranger, car son droit ne prime pas sur celui des autres pays. Avec ce raisonnement, on peut tout aussi bien autoriser tout polygame fraîchement débarqué en France avec armes, bagages, harem et marmaille, à garder toutes ses épouses. Puisque la polygamie est légale dans le pays d’où il vient, on ne voit pas pourquoi la France n’en prendrait pas acte. L’argument n’est pas sérieux, comme n’est pas sérieux la tentative de faire pleurer dans les chaumières à cause du sort des enfants, « qui n’y sont pour rien ». Une discrimination à la conception, voilà le nouveau concept que l’on veut faire avaler au consommateur de journaux télévisés. Les enfant nés par GPA seraient honteusement ostracisés, privés d’état-civil. Pourtant notre Kolia a un passeport américain. Ne vaut-il pas mieux pour ce petit, d’être originaire d’un pays où il fait si bon vivre ? D’ailleurs, il faut avoir un certain culot pour accuser la loi française de mettre des enfants dans une situation administrative complexe, alors que les premiers responsables sont les parents ou paires homosexuelles.

La cour de cassation ouvre la voie à la légalisation de la GPA

Les demandeurs de GPA, ont beau prétendre que la loi française n’est ni violée, ni remise en cause, on peut sans être devin prévoir l’évolution du débat. Il se passera exactement ce qui s’est passé au sujet de l’avortement. On brandissait le spectre de la lutte des classes, on faisait de l’avortement un luxe pour les riches. Les jeunes filles de bonne famille se refaisaient une virginité en même temps qu’elles s’offraient un voyage linguistique en Angleterre, tandis que la classe ouvrière se faisait charcuter à coup d’aiguilles à tricoter. La France était hypocrite. Au nom de l’honnêteté, de la compassion et autres tartufferies, il fallait légaliser. Viendront pour la GPA les mêmes accusations d’hypocrisies, les mêmes pleurnicheries : comment la France, les pays des Droits de l’Homme, peut-elle ainsi favoriser les plus riches, les homos qui, comme le militant présent sur le plateau de BFM TV jeudi 2 juillet, peuvent s’offrir pour 100 000 € l’enfant de leur rêve ( on espère qu’à ce prix, ils ont pu choisir le sexe et la couleur de leur yeux) aux dépens d’autres homosexuels sans le sou, mais crevant de leur désir d’enfant ? Il faudra remédier à cette situation « insupportable », cette « hypocrisie », prendre exemple sur nos voisins européens » et sur l’Oncle SAM, bref sur des démocraties réellement éclairées. Puis au nom de l’égalité entre homos et hétéro, GPA et PMA seront indifféremment autorisées et remboursées.

Mais pourquoi, après tout se mêler de la vie privée des couples, ou des paires, ou même des trouples, cette nouvelle définition de la relation qui peut être belle, vraie, authentique… à trois.
Mais pour la bonne et simple raison qu’il ne s’agit pas absolument pas de mode de vie privés, mais d’un changement de mode de pensée par la société entière. Que dire devant le bonheur évident d’un couple infertile pouvant élever un enfant qui lui ressemble ? Que dire même devant un enfant rassurant le journaliste qu’il est très heureux avec ses deux papas ? Une seule vérité, grande oubliée de tout débat : le bien commun prime sur le bien particulier. Il eut mieux valu que telle famille n’eût pas d’enfant, plutôt que de légaliser une pratique qui change à jamais le statut de l’enfant. C’est un changement amorcé depuis quarante ans. Mais chaque décennie rend l’enfant plus vulnérable, plus démuni devant l’égoïsme de parents carnassiers.

Une loi change les mentalités

Il y a tout juste quarante an était légalisé l’avortement. Certes, il était pratiqué clandestinement avant cette date. La loi n’a pas inventé l’avortement. Mais en le rendant légal, elle l’a légitimé, banalisé. Il est entré dans les mœurs. La loi a indéniablement changé les mentalités. Certains députés prétendaient faire œuvre de salut public. La génération suivante parle unanimement de « droit », sans pus aucune notion de « détresse ». l’avortement n’est plus seulement toléré, il est une offre de soins. Il a changé irrémédiablement le rapport de l’enfant à naître.
N’en doutons pas, c’est l’avortement qui est à la source de notre société d’apprentis-sorciers et de commerce de chair humaine. On a fait de l’enfant à naitre, une chose, qui ne devient une personne que si elle est investie par un désir. «  Notre mère porteuse avait terminé son projet parental » disait le monstrueux inverti à Galzi sur I Télé le 3 juillet. L’enfant qu’elle a porté pour une paire homosexuelle, elle n’en est pas le parent puisqu’elle ne souhaitait être qu’un ventre rémunéré (une mère porteuse reçoit en moyenne 20 000 euros). En d’autres termes, je suis parent, si je veux, quand je veux, indépendamment de la réalité de vie d’un embryon.

La même logique infernale de l’IVG à la GPA

Dès lors que l’on nie la réalité ( il n’y a pas de bébé, donc en avortant je ne commets pas de meurtre) ou que l’on déclare sans ciller que la mère a le droit de disposer de son corps même si pour cela elle doit jeter le corps de son embryon ou de son fœtus à la poubelle, on accepte par avance que le bébé n’a pas d’existence propre autre que dans le désir de ses parents réels ou fantasmés. Et puisque les femmes ont le droit de disposer de leurs corps, n’auraient-elles pas le droit de disposer de leur utérus ? Puisqu’on peut le leur ouvrir pour y arracher un embryon, ne peut-on pas leur y loger le produit d’une fécondation in vitro ? Surtout si des milliers d’euros sont à la clé… Après tout, on n’arrive toujours pas à décider du sort de la prostitution, alors pourquoi s’émouvoir de la GPA ?
Dans son édition en ligne du 2 juillet, l’OBS ( anciennement le nouvel observateur) publie un entretien avec Marie-Anne Frison Roche, agrégée de droit, dans lequel celle-ci réagit à l’argument des militants pro-GPA qui prétendent que l’arrêt ne concerne qu’un très petit nombre d’enfants ( environ 2000) et qu’il est donc insignifiant. Sa réponse souligne bien la déshumanisation qu’implique la GPA ; «  quels que soit le nombre de cas, ce sont les principes essentiels de notre droit qui sont en cause. Et notamment celui de la distinction entre la personne et les choses. La « personne » est une invention juridique du droit romain qui a posé comme principe qu’un être humain, contrairement aux choses, est une personne, car elle n’est pas disponible aux autres ; elle n’est pas susceptible d’être cédée, même gratuitement. Si on admet qu’un enfant peut être donné, sous le seul prétexte qu’il est désiré, alors il est traité comme une chose. C’est pareil pour les mères porteuses utilisées comme « couveuses ». En leur accordant la qualité de « personnes », le droit a pour fonction première de protéger les êtres humains contre la force- ou les désirs- des autres êtres humains. C’est pourquoi la GPA, dans son mécanisme même, est une attaque contre les êtres humains et la protection essentielle que leur doit le droit. »

La chosification de l’enfant

Sans doute, il peut y avoir des cas de naissances par mère porteuse qui ont fait le bonheur de parents (homme et femme) de même qu’une adoption peut rendre parents et enfants heureux. Mais il existe une différence fondamentale entre l’adoption et le principe de mère porteuse.
Dans le cas d’une adoption, un malheur est arrivé à l’enfant : les aléas de la vie l’ont privé de ses deux parents ; un malheur frappe aussi un homme et une femme : ils ne peuvent avoir d’enfant. L’adoption tente de réparer les souffrances des uns et des autres, elle en a elle-même une vertu presque médicinale
Au contraire, quand la science permet qu’on fabrique un embryon par fécondation in vitro, puis qu’on l’injecte dans le ventre d’une femme (l’enfant ayant ainsi 3 mamans : la donneuse d’ovocyte, la mère porteuse et la mère qui l’adopte) on crée sciemment une situation d’abandon pour réparer le seul malheur de parent infertiles. Au lieu d’adopter un enfant sans famille, on le fabrique et sur mesure, s’il vous plait, puisqu’un diagnostic préimplantatoire suit la fécondation in vitro. On sélectionne un, très souvent plusieurs, embryons parmi tous ceux qui ont été fabriqués. Ce diagnostic initialement prévu pour éviter que ne se transmettent des maladies génétiques, peut aussi bien servir à choisir le sexe du bébé ? Comment dire ensuite que toutes ces techniques artificielles de procréation n’ont pas une logique de marché, de business ? Comment soutenir que la GPA est altruiste et qu’elle n’est pas, pour des entreprises dont c’est le fond de commerce, une agence de location d’utérus ?
Quid du droit à disposer de son corps, d’ailleurs, dans les contrats à l’américaine, dans lesquels ce que les Américains appellent « parents d’intention » peuvent imposer à leur utérus sur pattes de ne pas boire de sodas « light » ( à cause de la présence d’aspartame) de ne pas pratiquer telle activité, de ne pas ingérer tel aliment ? Le Huffington post du 19 juin raconte ainsi l’expérience de Sandrine, française installée aux Etats Unis qui, malgré deux GPA heureuses selon elle, se souvient de sa première expérience « traumatisante ». «  Je suis tombée enceinte de jumeaux pour un couple d’Américains mais le cœur des embryons ne s’est jamais mis à battre. Seulement je n’avais pas l’autorisation d’avorter une grossesse sans l’accord des parents. J’ai donc perdu les deux jumeaux naturellement ; ils me sont tombés entre les jambes à plusieurs jours d’intervalle. C’était d’autant plus difficile à vivre que j’ai perdu le premier en face de mes enfants. Ma fille avait sept ans, mon fils huit. » Cet épisode lui ôte toute velléité de faire la mère porteuse pendant quelques temps. On est loin du slogan du Planning familial «  l’avortement un droit, mon choix, notre liberté », et pourtant qui s’en émeut ? Personne, puisque Sandrine avait signé un contrat. Il faut que l’argent soit une idole bien vénérable, puisqu’on peut abandonner son « droit » sa « liberté » pour lui obéir. Ce sont les mêmes qui accusent les pro-vies d’être des fanatiques des Dix commandements.

Notre monde est fou à lier

Cet arrêt montre encore s’il en était besoin, que les Français ne sont plus maitres chez eux. Car la cour de cassation ne s’est prononcée qu’après la Cour européenne des droits de l’homme, qui avait condamné le 26 juin la France, pour avoir refusé de transcrire à l’état civil les actes de naissances d’enfants nés par mères porteuses aux Etats Unis. On ne saurait compter sur les plus hautes juridictions françaises ni européennes ou internationales pour protéger la vie, la morale, la famille, la civilisation et le simple bon sens. Déjà, la Cour de cassation et le Conseil d’Etat n’avait rien trouvé à redire à la légalisation de l’avortement. La société comme le poisson, on le sait, pourrit par la tête.
Enfin, comment en pas voir que dès que l’on admet une entorse à la loi naturelle, au Décalogue, à la morale, il n’y a plus de limite ? Une transgression appelle une autre transgression. On a eu historiquement la légalisation du divorce (loi Naquet en 1984) de la pilule contraceptive (loi Neuwirth, en 1967°) de l’avortement (loi Veil en 1975) remboursé (loi Roudy en 1982) protégé par une loi d’exception (loi Neiertz en 1993) du Pacs (en 1999), du mariage des invertis (loi Taubira 2013). Et aujourd’hui la cour de cassation ouvre la voie à la légalisation de la gestation pour autrui.
Comme toujours, les tenants de la culture de mort mentent et ne disent pas d’emblée leur objectif véritable. En 1974-75 Simone Veil présentait la légalisation de l’avortement comme un moindre mal pour des cas de détresse. Aujourd’hui l’Assemblée nationale le proclame comme un droit élémentaire et fondamental, une conquête extraordinaire, un nouveau droit de l’homme. Les délais pour avorter sont passés de 10 à 12 semaines ; l’entretien obligatoire préalable a été supprimé, ainsi que les sept jours de réflexion. Pour acheter un bien, même de modeste importance, l’on a sept jours pour se rétracter ; pour tuer son enfant on ne dispose pas même lus de cette semaine de réflexion. On va toujours plus loin dans l’horreur et l’abjection.
De même, au moment des débats parlementaires sur l’institution du Pacs, ses partisans disaient qu’il s’agissait de donner des droits aux homosexuels mais que l’on n’irait pas vers l’institutionnalisation du « mariage » inverti. On a vu ce qui s’est passée : à partir du moment où l’on admet une concession, les autres, plus gravent encore, ne tardent pas. Et comme c’était logique le « mariage » homosexuel ouvre la voie à la légalisation de la procréation médicalement assistée (PMA) et à la gestation pour autrui (GPA) pour les paires d’invertis. «  Science sans conscience n’est qu’une ruine de l’âme » disaient déjà Rabelais. Notre monde est vraiment fou à lier.

J. Bourbon

Comments are closed.