Geneviève de Galard, fidèle à un idéal !

8 Juil

Geneviève de Galard, fidèle à un idéal

« L’héroisme réside moins dans la nature des actes que dans la manière de les accomplir. »

Longtemps je me suis tue, je ne souhaitais pas alimenter la publicité dont j’avais été l’objet en 1954 après D-B-P. Elle m’avait paru exagérée, parfois déplacée, à l’heure ou mes camarades prisonniers souffraient encore dans les camps.

Je m’appelle Geneviève de Galard, laissez moi vous compter mon histoire.

Ma petite enfance se déroule à Paris, dans le XVIIe arrondissement, avec des parents aimants et une sœur aînée, Marie-Suzanne. Lorsque mon père meurt, en 1934, je n’ai que 9 ans. Avec sa mort, je découvre la souffrance et ne l’ai depuis jamais oublié. Ceux qui en ont été victime savent de quoi je veux parler. Malgré la tristesse, notre enfance s’est poursuivie dans des conditions matérielles aisées.

Les circonstances de la Seconde Guerre mondiale contraignirent ma famille à quitter Paris pour Toulouse lors de l’hiver 1939, notre mère craignant pour ma sœur et moi les bombardements sur la capitale. Nous reviendrons à Paris pendant l’été 1943. C’est là que je suis des cours d’anglais à la Sorbonne tout en me lançant dans des activités associatives auprès d’handicapés dans un hôpital.

Diplômée d’État en tant qu’infirmière en 1950. Mes années d’études sont parsemées par les voyages multiples. J’ai 20 ans quand la guerre d’Indochine commence. Je rêve d’aventure et veux servir.

Providentiellement je découvris l’existence du corps des convoyeuses de l’air basé à Paris assurant des missions en Indochine et en Afrique. En rejoignant ces dernières pour une durée déterminée, cela me permettrait de ne pas laisser seule trop longtemps ma mère qui menaçait de perdre la vue.

Je réussis en 1952 le concours de convoyeuse de l’air au sein de l’Armée de l’air française.

Pour être affectée en Indochine à partir de mai 1953, au cœur de la guerre qui oppose les forces françaises à celles du Việt Minh.

Stationnée à Hanoï, j’ai opérée des évacuations sanitaires par avion à partir de l’aéroport de Pleiku. Nous sommes en  janvier 1954, tandis que la bataille de Diên Biên Phu fait rage, je participe aux transports des victimes. Parfois, les avions sanitaires de la Croix-Rouge devront se poser au milieu des barrages d’artillerie viêt minh.

Le 28 mars 1954, le commandant Blanchet et moi-même, arrivons vers 5 heures 45 au-dessus de Diên Biên Phu. L’atterrissage est trop long et le moteur gauche de l’avion est sérieusement endommagé. Les réparations ne pouvant s’effectuer sur place du fait des conditions (terrain inapproprié), l’avion est abandonné et, à l’aube, l’artillerie viêt minh le détruit ainsi que la piste, les rendant irréparables.

Je me  porte alors volontaire pour servir comme infirmière dans l’hôpital de campagne commandé par le Docteur Paul Grauwin. Bien que le personnel médical masculin soit initialement hostile je fis de mon mieux dans des conditions sanitaires dérisoires, consolant ceux sur le point de mourir et essayant d’entretenir le moral face aux pertes humaines montantes.

Pendant deux mois je devais rester sur place, seule femme parmi 15000 soldats au cœur de ‘l’enfer’ de Dien Bien Phu. Sous les tombes et malgré la pénurie de médicaments je soigne et accompagne les dernières heures de soldats de 19 ou 20 ans.

Le 29 avril 1954, je fûts faite chevalier de la Légion d’honneur et est décorée de la Croix de guerre des Théâtres d’opérations extérieurs par le commandant du camp retranché de Diên Biên Phu, le général de Castries. Le jour suivant, pendant la célébration de la bataille de Camerone, la fête de la Légion étrangère, Je suis nommée légionnaire de 1re classe honoraire aux côtés du lieutenant-colonel Bigeard, commandant du 6e BPC. Ma seule fierté est d’avoir su gagner la confiance de ses hommes, leur respect.

Les troupes françaises de Ðiện Biên Phủ cessent le combat le 7 mai 1954 sur ordre du commandement militaire de Hanoï. Après insistance, le Việt Minh m’autorisera ainsi que le personnel médical à continuer les soins sur les blessés.

Le 24 mai 1954, je fus évacuée à Hanoï, en partie contre ma volonté, par les combattants vietminh.

A mon retour en France, je futs accueillie par une foule nombreuse à l’aéroport d’Orly. Plus tard je futs invitée aux États-Unis par le Congrès et le président américain qui me remirent le 29 juillet 1954 la médaille de la Liberté lors d’une cérémonie. Je futs pour la première fois surnommée « l’ange de Diên Biên Phu ».

Je repris un temps mon travail de convoyeuse pour suivre ensuite son mari, officier dans l’armée, dans ses différentes affectations.

Malgré moi, je suis devenue une héroïne, une légende. Pour avoir tenu bon au creux de l’enfer, bloquée dans le camp retranché après l’accident de son avion, qui ne pouvait plus rentrer à Hanoï. Pour avoir, avec abnégation et courage, beaucoup de douceur aussi, soigné, consolé et soulagé, des centaines de blessés, sous la terre, et sous les tirs d’artillerie. Pour avoir enfin, quand tout fut fini, refusé d’être libérée par les vainqueurs, tant que les blessés n’étaient pas tous rapatriés.

«Tout cela était naturel. L’action nous appelait. Et puis, dans ce courage dont on a parlé ensuite, il y avait peut-être un peu d’inconscience. Je n’ai jamais pensé que je pouvais mourir. J’avais juste le désir que ces soldats soient sauvés
»

En rentrant d’Indochine, je redoutais la tiédeur qui guette celles et ceux qui vivent à l’abri et choyés. Très sollicitée, je dus choisir : «Ou vous donnez des conférences ou vous restez convoyeuse», lui dit alors sa responsable. Ma décision prise je repris du service, «même si les évacuations sanitaires n’avaient plus rien à voir avec nos missions d’Indochine».

Pendant des années, je me suis tue. En rentrant de Dien Bien Phu, je reçu cette lettre du capitaine de Saint-Marc,  au nom du 11e bataillon parachutiste de choc, en voici sa lecture :

 « A Mademoiselle Geneviève de Galard,

« Vous ne saurez jamais combien nous avons été près de vous et de nos camarades pendant les terribles journées que vous avez passées à Dien Bien Phu. Vous avez représenté pour nous le dévouement et l’abnégation jusqu’à l’extrême limite. Nous vous demandons de nous laisser sur cette impression. Vous ne pouvez plus vous permettre d’être une femme comme les autres. Laissez de côté toute propagande et publicité. Nos camarades n’ont besoin ni d’articles ni de films. L’Histoire les jugera, vous étiez avec eux, c’est suffisant. » 

Il y a trois ans, le même Hélie de Saint-Marc m’incita à sortir de ma réserve. «Plus que jamais, insistait-il, je crois à la force des témoignages.» Naît l’idée d’un livre : une épreuve pour moi, qui dus exhumer mes souvenirs de l’enfer, et la nuit lutter contre l’insomnie. Pendant des mois, je ne dormi pas, en repensant à ceux soignés là-bas, qui ne sont pas rentrés. À ce jeune légionnaire allemand, Hantz Haas, au moral de fer quoique amputé de 18 ans qui me dit un jour, tenant à peine debout : «Geneviève, quand tout cela sera fini, je vous emmènerai danser.» À ce jeune soldat aveugle, à l’humeur badine, qui me jouait des airs d’harmonica. À la supplique de ce lieutenant du bataillon Bigeard, blessé à la tête : «Geneviève, promettez-moi que je ne vais pas mourir.» À tous ceux qui ont sauté dans la cuvette de Dien Bien Phu, jusqu’au dernier moment volontaires, alors que tout était déjà perdu. À ceux qui sont morts dans ses bras.

numari10

 

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